Ce sont des prévisions économiques de printemps en demi-teinte qui ont été publiées par la Commission Juncker. « L’Europe continue de profiter d’une croissance robuste, qui a permis de faire tomber le chômage à son point le plus bas depuis dix ans. L’investissement est en hausse et les finances publiques s’améliorent avec un déficit de la zone euro qui reviendra tout juste à 0,7% du PIB cette année, selon les prévisions. Le risque le plus grand qui pèse sur ces perspectives optimistes est le protectionnisme, qui ne doit pas devenir la nouvelle normalité, cela ne ferait que nuire à nos citoyens qu’il faut protéger le plus » a résumé Pierre Moscovici, le Commissaire européen chargé des Affaires économiques et financières, en présentant ces prévisions jeudi à Bruxelles.

Au chapitre des bonnes nouvelles : la baisse des déficits. Tous les pays de la zone euro seront sous la barre des 3%, fixée par le pacte de stabilité et de croissance en 2018, ce qui constitue une première depuis la création de l’Union économique et monétaire en 1999. En France, ce déficit public, de 2,6% en 2017, devrait passer à 2,3% cette année tandis que la dette publique devrait légèrement baisser de 97% du PIB en 2017 à 96,4% en 2018. « Je me réjouis que la France soit désormais en bonne position pour sortir, dans quelques semaines, de la procédure pour déficit excessif. C’est l’aboutissement de dix ans d’efforts de redressement » a salué le Commissaire. Il a ajouté que la France est désormais « sur une trajectoire de désendettement » et qu’il s’agit « d’un choix politique nécessaire ». La croissance, quant à elle, devrait ralentir légèrement en demeurant cependant satisfaisante Dans la zone euro, elle devrait s’établir à 2,3% en 2018 puis à 2% en 2019, des chiffres dus à une légère stagnation du commerce mondial. Ces prévisions de croissance demeurent inchangées en France ( 2% en 2018 et 1,8% en 2019 ) et en Allemagne ( 2,3 puis 2,1 %), l’exécutif communautaire est plus optimiste pour l’Espagne ( 2,9 et 2,4% ) et un peu moins pour la Grèce où cette croissance ne devrait pas excéder 1,9% en 2018 et 2,3% en 2019, soit un léger tassement par rapport aux prévisions de l’automne dernier. Une autre bonne nouvelle est la baisse du chômage qui se poursuit. Le taux de chômage devrait tomber de 7,6% en 2017 à 7,1% cette année et à 6,7% l’année prochaine. Ces bons chiffres recouvrent cependant des réalités différentes selon les pays. « Si la bataille contre le chômage est en partie gagnée, celle pour des emplois de qualité en France et en Europe ne fait que commencer » constate Pierre Moscovici. En 2018, ce taux de chômage restera particulièrement élevé en Grèce ( 20,1% ), en Espagne ( 15,3% ) et en Italie ( 10,8 %). Il ne dépassera pas 2,4% dans la République tchèque, 3,6% en Allemagne et 5,4% en Irlande.

Mais un nouveau risque menace cette reprise annoncée : le protectionnisme et la montée des tensions commerciales. « L’économie est exposée à des facteurs de risque externes devenant plus déterminants et défavorables » écrit la Commission. Pour l’instant, elle note que la relance budgétaire américaine soutient l’activité à court terme mais qu’elle accroît le risque de surchauffe et d’augmentation des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine. « Le protectionnisme , ajoute-t-elle, est susceptible, en cas d’escalade, de peser sur la croissance mondiale et la zone euro est particulièrement vulnérable, en raison de son degré d’ouverture ».

Par Redaktion ParisBerlin le 4 mai 2018