Par Jacques Docquiert

 

Angela Merkel aurait voulu aller plus loin. Au cours de sa récente campagne électorale, la chancelière avait, en effet, jeté un pavé dans la mare en annonçant qu’elle demanderait à ses homologue européens d’arrêter les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union pour dénoncer les multiples violations des droits de l’homme par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. « Je vais m’engager pour que les aides de pré-adhésion que nous donnons soient réduites. Il est important que le Conseil européen agisse de manière unie sur cette question » avait-elle indiqué jeudi en arrivant au sommet de Bruxelles alors que plusieurs de ses partenaires étaient hostiles à une rupture des négociations. Et elle a finalement obtenu, vendredi,
assez largement satisfaction puisque les chefs d’Etat et de gouvernement des « 28 » ont décidé de priver Ankara des fonds de « pré-adhesion », c’est à dire de la plus grande partie des 4,45 milliards d’euros de financements prévus pour la période 2014-2020 et destinés à aider la Turquie à se préparer à rejoindre l’Union, puisque seuls 368 millions d’euros ont été débloqués à ce jour.

La ligne dure, prévoyant la rupture pure et simple des négociations, n’était en fait défendue que par l’Autriche. Les autres Etats membres ont estimé que la Turquie joue un rôle essentiel pour contenir le flots des migrants arrivant par la Méditerranée puisqu’elle recueille les clandestins débarqués dans les îles grecques , moyennant une aide européenne et également dans la lutte contre le terrorisme. Au demeurant, la plupart des participants au sommet de Bruxelles ont dénoncé la situation dramatique de la démocratie en Turquie, en soulignant que les négociations d’adhésion étaient gelées de facto. «  Ces négociations son arrêtées, au point mort » a ainsi insisté le Premier ministre belge Charles Michel. « La Turquie est très éloignée d’une adhésion et cela restera ainsi » a ajouté son homologue néerlandais Mark Rutte. Ils ont expliqué que les aides de pré-adhésion pourraient aller à des domaines comme la migration ou à des ONG turques, cela restant à décider. Le gouvernement Erdogan n’obtiendra pas non plus la révision de l’accord d’union douanière, ni l’allégement du régime des visas pour les citoyens turcs qu’il réclame depuis plusieurs mois.

Le Conseil européen de Bruxelles a, par ailleurs, adopté une feuille de route pour les deux prochaines années prévoyant la réunion de 13 sommets pour donner un nouveau souffle à l’Union après le choc du Brexit, comme l’ont proposé le président de la Commission, Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron. Certaines discussions auront lieu à « 28 » et d ‘autres sans le Royaume-Uni. Il a été convenu que ces sommets ne rechercheraient pas forcement des consensus, comme c’est actuellement le cas, mais pourraient afficher clairement les désaccords constatés pour tenter ensuite de les surmonter.

Par Redaktion ParisBerlin le 23 octobre 2017