Par Sophie Roche

 

Les médias mènent-ils une course à l’audience ? Le paysage médiatique français n’est-il pas en proie à l’autocensure ? Comment faire le tri dans le flux d’informations ? Les questions du public ont fusé dans la salle. Elles ont trouvé réponses auprès de Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Libération, Michèle Léridon, Directrice de l’information à l’AFP, David Thomson, journaliste chez RFI, Alessandra Sublet, animatrice sur TF1, Charles Juster, Directeur Grands Comptes Médiamétrie, Dominique Wolton, directeur de recherches au CNRS, et beaucoup d’autres.

Au total, quatre débats ont rythmé la journée. Le premier, dédié au terrorisme dans les médias, a été l’occasion pour les professionnels de revenir sur leur part de responsabilité dans la sélection et le traitement de l’information lors des attaques du 13 novembre à Paris. Face aux critiques du public dénonçant les dérives de la scénarisation de l’information ainsi que la médiatisation d’images chocs, Ruth Elkrief, journaliste chez BFM TV, a déclaré que la profession se trouvait actuellement dans « une phase de transition » et d' »apprentissage collectif », reconnaissant la nécessité d’expliquer et de prendre du recul lors de tels événements.

L’instruction est fondamentale 

Spectateurs, auditeurs, lecteurs, internautes, tous doivent être en mesure de s’interroger et de contextualiser les informations qu’ils reçoivent. Et pour cela, l’instruction est fondamentale, comme l’a expliqué Antoine Genton, présentateur d’Itélé.  Ce dernier c’est également exprimé au sujet de la crédibilité des médias en pointant la « responsabilité individuelle de chaque journaliste » ainsi que celle de toute la profession, sans oublier les propriétaires de médias qui auraient, pour leur part, un rôle fondamental dans l’utilisation de cette information devenue marchandise.

« La télévision de s’éteint pas, elle s’étend »

Au sujet du futur des médias, les intervenants sont restés confiants, la majorité d’entre eux s’accordant sur l’importance d’Internet comme source de nouvelles innovations technologiques. Optimisme oui, mais « attention à la démagogie démocratique » a cependant nuancé Dominique Wolton au sujet des possibilités offertes par le web. « Si tout le monde parle, qui écoute ? » a-t-il interrogé. Quant à la télévision, il semblerait qu’elle ait encore de beaux jours devant elle. Démultiplication des écrans, logiques des multi supports, âge d’or de la production de programmes de stock… autant d’éléments qui ont permis à Gérald-Brice Viret, directeur délégué du pôle télévision de Lagardère Active, d’affirmer que « la télévision de s’éteint pas, elle s’étend ».

Une journée d’éducation des médias

L’événement a été l’occasion pour les professionnels de raconter leur quotidien au sein des médias français. Il fut également un moment privilégié pour éduquer les médias eux-mêmes comme l’a souligné David Thomson. Cesser de considérer le public comme un tout, dépasser l’idée du rendez-vous unique en cumulant les audiences et les écrans, accentuer la responsabilité des médias et garantir la crédibilité de l’information, autant de recommandations venues ponctuer les débats et ce, pour des médias qui rassemblent, divertissent, informent et font réfléchir.

Un projet porté par le Musée européen des médias

Cette journée constitue la première manifestation organisée par le Musée européen des médias (MEM) qui devrait voir le jour en 2019 à Saint Denis. Comme l’a expliqué sa présidente Christine Kelly dans une interview au lejdd.fr, le MEM aura pour but « d’éduquer les jeunes aux médias [et] d’être témoin du patrimoine de l’audiovisuel culturel français ».
Pour cette première Journée d’éducation aux médias, l’ancienne membre du CSA a souhaité donner la parole au public. L’événement devait être un lieu de rencontre entre le grand public et le secteur de l’audiovisuel. C’est un pari réussi. Une deuxième Journée d’éducation aux médias devrait avoir lieu l’année prochaine et être axée, cette fois-ci, sur le politique.

Pour suivre l’actualité du Musée européen des médias :
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Par Redaktion ParisBerlin le 21 décembre 2015