Par Jacques Docquiert

Le favori l’a facilement emporté au deuxième tour de scrutin, lundi à Bruxelles. Soutenu notamment par la France, l’Allemagne, l’Espagne,l’Italie et la Grèce, le ministre portugais des finances, Mario Centeno, a été élu par ses pairs président de l’Eurogroupe, le club des grands argentiers des 19 pays dotés de l’euro, à un moment crucial pour l’organisation de la zone euro qui doit être réformée et renforcée. C’est pour avoir su concilier croissance et discipline budgétaire, que ce professeur d’économie  de 50 ans s’est imposé sans difficulté face au Luxembourgeois Pierre Gramegna, les deux autres prétendants – le Slovaque  Peter Kazimir et la Lettone Dana  Reizniece-Ozola – s’étant désistés à l’issue du premier tour de scrutin.

Culturellement de gauche mais souvent taxé de libéral, les qualités de Mario Centeno ont été saluées presque unanimement, notamment par l’ancien ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, grand défenseur de la rigueur et de l’orthodoxie financière européenne, qui a décrit le nouveau président de l’Eurogroupe comme « le Cristiano Ronaldo de l’Ecofin », le conseil des ministres des finances de l’Union. « L’expérience récente du Portugal montre qu’il est possible en Europe de concilier des objectifs de redressement budgétaire et de croissance » avait expliqué le successeur de Dijsselbloen, en annonçant sa candidature. « Mon objectif, avait-il ajouté, est de contribuer à trouver des consensus pour compléter l’Union économique et monétaire et faire de l’euro un instrument de promotion de la convergence économique et sociale ». Diplômé de Harvard, Centeno a réussi, en effet, à transformer ,deux ans après l’arrivée au pouvoir des socialistes, le Portugal , longtemps l’un des maillons faibles de la zone euro,  en une économie affichant un déficit public au niveau le plus bas depuis son retour à la démocratie il y a 43 ans , le  niveau de croissance le plus élevé depuis l’année 2000 et un taux de chômage ramené à son niveau d’avant la crise.

A la tête de l’organisation de la zone euro, son nouveau président devra d’abord aider la Grèce à réorganiser son économie après un troisième plan d’aide qui doit s’achever, en principe, à l’été 2018. Il devra également conduire les débats sur la réorganisation de la zone euro au moment ou la France a proposé de la doter d’une ligne budgétaire spécifique et , un jour, d’un super ministre européen des finances. Autant de réformes accueillies avec une grande prudence par l’Allemagne, les Pays-Bas et les autres Etats membres du Nord traditionnellement hostiles à un gouvernement économique européen. « C’est clairement le candidat qui respecte le mieux nos critères : la compétence, l’expérience et une vision pour l’avenir de la zone euro » faisait-on valoir, dans le camp français, avant la désignation du nouveau président de l’Eurogroupe. Ce dernier semble, en effet, le plus capable de faire une synthèse entre les nécessités de la rigueur budgétaire et de la relance économique souhaitée notamment par Emmanuel Macron.

Par Redaktion ParisBerlin le 8 décembre 2017