Il y songe de plus en plus et le cache de moins en moins. Pierre Moscovici, l’actuel commissaire européen chargé des affaires économiques et ancien ministre de l’économie de François Hollande, est désormais le premier candidat officieusement déclaré pour mener la liste des socialistes français lors des prochaines élections européennes de 2019. Il l’a laissé clairement entendre en prenant la parole à une table ronde consacrée à « la renaissance de la gauche européenne » samedi à Aubervilliers lors du 78eme congrès du parti socialiste. « Je suis socialiste et je le suis tous les jours » a déclaré Pierre Moscovici pour tenter de désamorcer les critiques de ceux qui voient avant tout en lui le membre d’une Commission plus libérale que sociale sous l’impulsion de Jean-Claude Juncker, l’actuel président de l’exécutif communautaire imposé à ce poste par le PPE, la droite pro-européenne arrivée en tête des précédentes élections des membres du Parlement au suffrage universel direct. Et pour tenter de convaincre ses détracteurs, l’ancien ministre socialiste a rappelé qu’il était, à Bruxelles,  l’un des artisans de la lutte contre les paradis fiscaux, pour lesquels une liste européenne a été adoptée, et de la proposition de taxer les géants du Net contre l’avis de plusieurs Etats membres. « Comme membre de la Commission, il m’est arrivé de m’en désolidariser et je ne partage pas toutes ses orientation » a encore affirmé P.Moscovici en mettant en garde le socialistes contre un courant « nationaliste » inspiré notamment par Jean-Luc Mélanchon et Benoit Hamon. Sans évoquer officiellement sa candidature, il a encore ajouté : « Si les socialistes ne sont pas européens aujourd’hui, ils ne le seront jamais », avant d’esquisser un programme prévoyant notamment de revoir le logiciel des politiques économiques, de revenir à un monde où la réforme sociale serait  synonyme de progrès et de bâtir enfin une véritable Europe sociale.

 

Ce plaidoyer n’a pas convaincu l’aile gauche des socialistes français. « Sa candidature serait rédhibitoire » a affirmé Marie-Noelle Lieneman. « On ne peut pas avoir comme tête de liste un membre de la Commission Juncker » a ajouté l’eurodéputé Emmanuel  Maurel. « Je ne souhaite pas que Pierre Moscovici soit notre tête de liste » a surenchéri le sénateur David Assouline, un proche d’Olivier Faure, le nouveau patron du PS. Pour cette aile gauche, deux personnalités peuvent prétendre conduire les socialistes à la bataille des européennes : Christiane Taubira ou Najat Vallaud-Belkacem. Mais toutes les deux se sont retirées de la vie politique. D’autres candidatures devraient donc émerger, la bataille semblant loin d’être gagnée pour Pierre Moscovici. Son statu actuel de commissaire européen ne constitue pas un obstacle à sa candidature, Jean-Claude Juncker ayant souligné , à maintes reprises, qu’il dirigeait une « Commission politique » dont les membres ont occupé des fonctions importantes dans leur pays. Il devrait cependant se mettre en congé de la Commission pendant toute la durée de la campagne électorale.

 

 

Par Jacques Docquiert

             

Par Redaktion ParisBerlin le 9 avril 2018