Par Hugo Flotat-Talon

 

À quelques encablures des chaînes de montage de Peugeot, un vent de fraîcheur souffle dans la salle de presse du Football Club Sochaux-Montbéliard en ce mois de juin. Les caméras de télévision, habituellement rares, sont là en nombre. Les journalistes répètent en boucle le nom de Peter Zeidler pour trouver la bonne prononciation. Crâne lisse, sourire aux lèvres, du haut de son mètre quatre-vingt-quatre, le nouvel entraîneur traverse la salle en dominant tout le monde.

 

 

Ce club créé par la famille Peugeot en 1928 a déposé son avenir entre ses mains et il le sait. Bien qu’il ait été rétrogradé en Ligue 2 depuis trois saisons, ce club historique du football français, qui a vu passer de grands joueurs tels que Bernard Genghini ou Mecha Bazdarevic, reste en difficulté. Sochaux a souvent flirté avec le bas de tableau en fin de saison dernière. Et pour couronner le tout, son actionnaire chinois, entré au capital en 2014, ne cesse de faire la Une de la presse locale en raison de ses problèmes financiers et de ceux de ses entreprises.

 

 

Un amour de jeunesse

 

 

La question qui fâche arrive tout de suite : « Comment comptez-vous révolutionner le jeu sochalien ? » demande un journaliste. Peter Zeidler répond avec humour : « Je sais à quel point vous, les Français, êtes attachés à la Révolution, mais n’utilisons pas tout de suite les grands mots », répond-il dans un français parfait teinté d’un léger accent allemand.

 

 

Dans son bureau, quelques semaines plus tard, Peter Zeidler confie : « Je sais que ce club est une institution. Même sous une pluie battante, le public vient voir l’entraînement, c’est incroyable ! ». Un public qu’on voit aussi derrière la vitre de son bureau, sur le parking du stade. Des familles, des ex-Franc-Comtois qui passent en été pour montrer le stade aux enfants, le facteur qui klaxonne en passant. Cette ambiance particulière, familiale, Peter Zeidler l’avait déjà découverte dans le passé. « C’est le foot français et un professeur formidable qui m’ont fait m’intéresser à la France. »

 

 

Né à Schwäbisch Gmünd dans le Bade-Wurtemberg en 1962, il a 18 ans au début des grandes années du ballon rond en France. « J’avais réussi à bricoler une radio, je pouvais écouter Eugène Saccomano sur Europe 1 depuis l’Allemagne », se souvient le coach. En 1982, lors de la célèbre demi-finale de Coupe du monde entre la France et la RFA, Peter Zeidler soutient même les Bleus ! « À l’époque, la France, son côté révolutionnaire et créatif faisait rêver. » Alors le futur entraîneur fréquente parfois les stades français. « Notamment Sochaux. C’est l’un des plus près de la frontière », montre-t-il sur l’une des cartes affichées dans son bureau.

 

 

 

Détourné de l’enseignement

 

 

 

Passionné de foot, c’est pourtant dans l’enseignement que Peter Zeidler commence sa carrière. Il devient professeur de sport et de français en 1988. « Il pouvait être sévère, mais Peter était aussi très humain et très apprécié des élèves et de ses collègues », raconte Joseph Miller, le directeur du Gymnasium d’Heubach dans le Bade-Wurtemberg où, jusqu’en 2008, Peter Zeidler a enseigné. Des années marquées par des échanges scolaires avec la France. Peter Zeidler se remémore les feux de la Saint-Jean en Lorraine. « C’était magnifique ! Symbolique aussi ! Vous vous rendez compte, on se faisait la guerre il y a 70 ans ! »

 

 

En 2008, Peter Zeidler finit par quitter l’éducation. Déjà entraîneur à mi-temps à Stuttgart, Aalen, Nuremberg, il accepte le poste d’adjoint au TSG Hoffenheim. L’équipe montera en Bundesliga, la première division. Pour celui qui rêvait de France et de foot, c’est la consécration. Peter Zeidler devient entraîneur du Tours FC, en Ligue 2, en 2011. Il s’y installe avec sa femme et ses deux filles, se fait des amis, assouvit son plaisir du vélo sur les bords de Loire. Mais l’expérience est de courte durée. Limogé un an plus tard, il rejoint l’Autriche, puis la Suisse jusqu’au printemps 2017.

 

 

Le plaisir du jeu avant tout

 

 

Aujourd’hui à Sochaux, Peter Zeidler a toujours cette image d’intellectuel. Mais désormais on parle davantage de ses qualités d’entraîneur, de son jeu offensif, de sa capacité à manager de jeunes joueurs. « C’est aussi quelqu’un qui est très à l’écoute, il veut une bonne entente dans le groupe. Il dit que l’ambiance fera aussi notre force », raconte Bryan Lasme, numéro 17 du FCSM. Un style qui plaît aux supporters sochaliens qui évoquent tous cette cohésion dont a tant besoin leur club. « Il a l’air bien, on espère beaucoup de lui, c’est vrai », glisse Stéphane, inconditionnel supporter depuis 30 ans.

 

 

Seul sur la pelouse, Peter Zeidler observe les gradins. Il sait qu’en ce début de saison, le public rêve de Ligue 1. Mais sa préoccupation pour l’instant, c’est gagner quelques matchs et organiser un barbecue avec les supporters. « J’aimerais qu’on parle de foot et non plus des difficultés financières du club », dit-il avec un sourire. Un vrai défi pour le premier entraîneur allemand de l’histoire du club qui fêtera ses 90 ans l’an prochain.

 

 

 

 

Par Redaktion ParisBerlin le 1 décembre 2017