Par Jacques Docquiert

 

Emmanuel Macron a d’abord séduit. En premier lieu, les Français qui, après avoir choisi un président de la République presque inconnu un an auparavant, lui ont donné une majorité jugée impossible par ses détracteurs quelques semaines plus tôt. L’Union ensuite, peu habituée à un candidat à l’élection présidentielle française aux convictions et au programme européens aussi affirmés et crédibles. Ainsi le successeur de François Hollande a été la vedette incontestée du sommet de Bruxelles des 23 et 24 juin, qui a marqué le retour de la France sur la scène européenne.

 

Avant l’été pourtant, la cote de popularité du nouveau président de la République a brutalement chuté dans l’Hexagone, en raison notamment de son affrontement avec le chef des Armées et le lancement de réformes, pourtant annoncées mais souvent impopulaires. Alors les responsables et ses partenaires européens s’interrogent : en sera-t-il de même sur le théâtre d’une Union confrontée au Brexit, à la perte de confiance de bon nombre de ses citoyens et qui devra rapidement conforter les premiers signes de reprise en relançant investissements et emplois ?

 

Lune de miel avec Merkel

 

« Pour relancer l’Europe, Macron a d’abord choisi de renouer le dialogue et la coopération avec l’Allemagne, ce qui présente de nombreux avantages mais peut aussi avoir quelques inconvénients s’il n’y prend pas garde », observe un diplomate bruxellois. Avec Angela Merkel, la réussite semble totale. Sur de nombreux dossiers stratégiques et prioritaires, le président et la chancelière ont présenté ou annoncé des initiatives communes qui n’allaient pas forcément de soi : défense, relations commerciales, harmonisation fiscale, lutte contre le terrorisme et même sur l’approfondissement de la zone euro. Ainsi à la veille du 14 Juillet, le couple franco-allemand officialisait sa décision, politique et symbolique, de mettre fin à des années d’affrontements industriels en lançant le projet d’un avion de combat commun.

 

Quelques jours plus tard, Martin Schulz, le rival social-démocrate de Merkel, critiquait l’attitude de la chancelière en l’accusant de trop faire la leçon à la France sur la réduction de son déficit au lieu « d’avancer main dans la main » en favorisant une coopération et une solidarité plus étroites. « La critique est injuste », estime un diplomate allemand en poste à Bruxelles. Selon lui, Merkel voit plutôt d’un œil favorable ce rééquilibrage, « nécessaire » selon Jean-Dominique Giuliani le président de la Fondation Schuman, alors que depuis des années la chancelière dominait sans partage la scène européenne.

 

Mais ce passage de relais a des limites. Si Merkel n’aspire pas, en effet, à tenir seule les rênes de l’Europe, certaines initiatives de Macron, comme l’invitation solennelle de Trump à Paris pour le 14 Juillet, l’auraient agacée et elle attend des gages du bouillant président français. Pour Berlin, sa crédibilité passe par la réussite des réformes structurelles annoncées et par le retour à un déficit inférieur à la limite des 3 % de PIB prévue par le pacte de stabilité et de croissance. L’heure de vérité sur ce nouveau rapport de force est attendue au lendemain des élections allemandes de septembre, l’actuelle chancelière devant avoir alors les mains libres pour poursuivre la réforme de la zone euro sur laquelle les positions de Paris et de Berlin demeurent éloignées, principalement sur l’équilibre à trouver entre solidarité et responsabilité.

 

Emmanuel Macron semble, par ailleurs, avoir compris que si une position franco-allemande constitue souvent la condition nécessaire à un accord, elle n’est plus suffisante dans une Union élargie. Il tente donc d’y associer d’autres pays, l’Italie et l’Espagne en généralisant les rencontres à quatre, puis en les élargissant progressivement, comme prévu avec les Premiers ministres portugais, suédois, luxembourgeois et belge. Lors de son premier sommet européen, E. Macron a pris soin, en outre de citer à plusieurs reprises le rôle-clé joué par la Commission qui a imaginé notamment le fond symbolisant la relance de la défense européenne. Un geste apprécié par Jean-Claude Juncker qui avait souvent dénoncé l’appropriation par les dirigeants des « 28 » des succès européens, les échecs étant exclusivement imputés « à Bruxelles ».

 

Cette redistribution des cartes et des responsabilités devra être confirmée dès la rentrée, le nouveau président français devant prendre garde de ne pas trop sacrifier les habitudes et les équilibres de la machine européenne pour la relancer. Les dirigeants polonais par exemple n’ont guère apprécié les remontrances françaises les accusant d’utiliser l’Union comme un supermarché dans lequel on sélectionne seulement les articles les plus avantageux. Plusieurs « petits » pays ne cachent pas qu’ils redoutent que la vague Macron les éloigne du processus décisionnel. Ceux du sud souhaitent être davantage associés à l’agenda suggéré par Paris, en matière de politique migratoire entre autres. Car si Macron a le champ à peu près libre sur la scène politique française, il doit encore nouer des alliances, accepter des compromis, rassembler et non diviser pour réussir à bâtir une Europe plus protectrice. Un pari loin d’être gagné.

 

 

Par Redaktion ParisBerlin le 1 novembre 2017