En recevant le prix Charlemagne, la plus prestigieuse distinction européenne, après Jean Monnet, Churchill, Adenauer, Mitterrand, Simone Veil et …Angela Merkel, Emmanuel Macron a prononcé jeudi à Aix La Chapelle un discours vibrant, le quatrième en un an, pour tenter notamment de convaincre la Chancelière allemande de parachever la zone euro. « N’attendons pas. Agissons maintenant » lui a-t-il souligné, lui demandant d’oublier « le fétichisme » de son pays, qui donne la priorité absolue à la réduction des déficits budgétaires, pour examiner favorablement le plan français qui prévoit notamment de doter les pays partageant la même monnaie, d’un budget et d’un ministre des finances communs.

« Je crois à un budget européen beaucoup plus ambitieux…Je crois à une zone euro plus intégrée avec un budget propre » a répété Macron avant de mettre l’Allemagne face à ses responsabilités : « En Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux dépends des autres » a-t-il lancé à Angela Merkel qui assistait à la cérémonie et qui venait de prononcer un vibrant hommage à Macron l’Européen, sans cacher les divergences qui opposent les deux dirigeants. « Oui, nous avons des discussions difficiles » avait-elle admis dans son laudeat pour le prix accordé au Président français. « Nous avons des cultures politiques et des manières d’approcher les sujets européens différentes » a-t-elle admis, tout en se disant favorable à l’idée de rendre la zone euro « plus résistante pour affronter les crises ». Cet échange musclé permettra-t-il à Paris et à Berlin de trouver un consensus entre la volonté française d’améliorer la solidarité entre les pays dotés de l’euro et les craintes allemandes de devoir payer pour les pays du sud trop dépensiers ou inconséquents, à l’image de la Grèce ? On devrait le savoir début juin puisque les deux pays se sont engagés à présenter des propositions communes à leurs partenaires sur ce sujet hautement conflictuel. Mais le Président français parait relativement isolé, les Etats membres de l’Est ayant d’autres priorités, l’Italie étant toujours privée de gouvernement et l’Espagne donnant l’absolue priorité à la gestion de la crise catalane. Et ces hésitations européennes se retrouvent sur l’attitude à adopter face à Donald Trump , qui menace de taxer les importations d’acier et d’aluminium produites dans l’Union, l’Allemagne notamment semblant plus ouverte à une relance des négociations commerciales avec Washington.

Par contre, Paris et Berlin semblent plus proches pour tirer les leçons de cet isolationnisme américain. « Le temps où l’on pouvait compter tout simplement sur les Etats-Unis pour nous protéger est révolu » a admis Mme Merkel, qui a ajouté que « l’Europe doit prendre son destin en main », rejoignant en cela les préoccupations françaises. En outre les pays de l’Union paraissent décidés à opposer un front commun à la suite de la décision américaine de se retirer de l’accord nucléaire iranien et de menacer de sanctions les entreprises européennes qui continueraient à faire des affaires avec l’Iran. « Si nous acceptons que d’autres grandes puissances, y compris amies, se mettent en situation de décider pour nous, alors nous ne serons plus souverains » a déclaré Emmanuel Macron, soutenu sur ce point par la Chancelière.

Par Redaktion ParisBerlin le 10 mai 2018