Von Pierre Pauma

 

Un festival sur 20 mètres carrés de trottoir. Il fallait y penser. D’ordinaire, les Berlinois font la tournée des Spätis comme d’autres font la tournée des bars. Mais le week-end dernier, ils sont restés accrochés à leur épicerie comme des moules à leur rocher pour profiter des concerts organisés par 4 Spätkauf du quartier de Kreuzberg. De la musique, des bières fraîches à moins de 2 euros, un coucher de soleil sur les façades cossues du Sud de Berlin. Que demander de plus.

 

« Le voisin sympa »

 

Certes, Berlin n’a pas le monopole de l’épicerie de nuit. Les Colonais vont au Kiosk et les habitants de la Ruhr font halte à la Bude. Mais les Berlinois et leurs Spätis, c’est une histoire d’amour qui dure depuis l’ex Allemagne de l’Est. Ces magasins ouverts la nuit permettaient aux ouvriers qui faisaient les trois-huit de faire leurs emplettes, peu importe l’heure à laquelle ils sortaient du travail. Aujourd’hui, ils sont un millier à éclairer les rues de Berlin avec leurs néons pour les oiseaux de nuit à la recherche de tout et n’importe-quoi. Surtout de n’importe-quoi. Ces oasis souvent ouvert 24 heures sur 24 représentent avant tout une « source de bière intarissable » à Feiko. Avec deux de ses amis, ils sirotent leurs bouteilles sur des caisses retournées au bord de la chaussée. Mais plus qu’un salut pour les buveurs et les fumeurs du samedi soir (et du dimanche matin), le Späti est un acteur de la vie de quartier. « En fait, le Späti, c’est ton voisin sympa », explique un autre client. Une Berliner Pilsner à la main, Michael raconte qu’il va même jusqu’à confier ses clés à son épicier « sans hésiter » lorsqu’il s’absente.

 

Feiko (au milieu) et ses deux amis sur une terrasse improvisée ©Pierre Pauma

 

À l’intérieur du Späti, les clients font la queue devant un comptoir qui croule sous la marchandise. On y trouve des friandises, des briquets et des petites fioles d’alcool fort. Au fond du magasin, après avoir traversé un labyrinthe d’étagères remplies de denrées alimentaires, on touche le coeur du magasin : les frigos à boisson. « On vend principalement de la bière et du Maté », reconnait Serif. Cela fait dix ans qu’il travaille fièrement dans ce Späti. D’habitude il officie uniquement le matin, mais il est revenu ce soir pour aider. Le magasin fonctionne 24 heures sur 24, avec une équipe de 2 à 4 personnes. « C’est un vrai lieu de vie, tout ce qu’il y a de plus multiculturel. Tu retrouves toute la diversité de Berlin dans les rayons d’un Späti ». On note néanmoins quelques nuances d’un quartier à l’autre selon le type de clientèle. Si ce magasin là reste très classique dans son étal, d’autres proposent de plus en plus de produits bios, de fruits secs au poids, de bières artisanales… Bientôt, le terme de « Delikatessen » (épicerie fine) viendra peut-être s’ajouter sur la devanture.

 

Serif (à gauche), 10 ans de Späti au compteur. © Pierre Pauma

Par Redaktion ParisBerlin le 6 septembre 2016