Le charme qu’avait évoqué Angela Merkel n’est pas rompu. Mais le couple franco-allemand a du pain sur la planche et devra faire preuve d’esprit de compromis s’il veut, comme il s’y est engagé, présenter aux « 27 » des propositions communes pour relancer l’Union et réformer notamment la zone euro lors du conseil européen du 29 juin. La rencontre, jeudi à Berlin, de la chancelière allemande et du président français a, en effet, montré que les deux chefs d’Etat avaient « des points de départ différents » sur ces chantiers européens qu’Emmanuel Macron veut mener tambour battant alors que la chancelière a paru très réservée sur les projets français qui prévoient notamment d’améliorer la solidarité entre les pays partageant la même monnaie.

La querelle ne date pas d’hier, Paris donnant depuis longtemps la priorité à la solidarité, Berlin à l’assainissement budgétaire.

« Sur la plan économique et monétaire, nous devons mieux réarticuler responsabilité et solidarité entre Etats…Aucune union monétaire ne subsiste s’il n’y a pas des éléments de convergence et ce sur quoi nous voulons travailler, ce sont des éléments plus incitatifs qui permettent une bonne solidarité » a expliqué Emmanuel Macron. «  Nous sommes d’accord qu’il y a besoin de solidarité en Europe mais aussi que la compétitivité est nécessaire » lui a répondu Angela Merkel, en ajoutant : « Je pense que nous apportons d’autres éléments ( que ceux de la France ), la somme de nos propositions devant permettre au final d’arriver à un bon résultat ». Concrètement, un compromis devra être trouvé entre les positions françaises favorables à la création d’un budget autonome de la zone euro pour soutenir les investissements et d’un poste de ministre des finances de l’Union monétaire et la volonté allemande d’exiger des efforts nationaux de tous les pays et de refuser, à l’avenir, toute gestion commune des faillites des banques. « Il ne faut pas que l’épargnant allemand se retrouve garant des banques grecques et italiennes » avait résumé, avant la rencontre de jeudi, un responsable de la CDU, le parti de la chancelière. Il n’est donc pas question, dan l’immédiat, de créer un fonds européen de garantie bancaire souhaité par l’Elysée.

Dans les semaines qui viennent un important travail de synthèse et de recherche de compromis va donc devoir être effectué entre Paris et Berlin, mais aussi entre le Nord et le Sud de l’Union. Angela Merkel peut, en effet, compter sur le soutien des Pays-Bas, de la Suède et des autres pays scandinaves pour défendre une ligne dure exigeant des efforts de tous alors que les propositions françaises ont trouvé un echos favorable en Italie, en Espagne et en Grèce. Sur d’autres dossiers, un accord parait plus facile. Ainsi l’eurodéputé français Alain Lamassoure a appelé E. Macron à revoir ses priorités européennes. « Le Président, a-t-il expliqué, doit faire un tri dans ses trop nombreux projets européens. Il devrait se concentrer sur la sécurité intérieure et extérieure car on ne va pas mobiliser les 500 millions de citoyens de l’UE avec la garantie des dépôts ».

Par Redaktion ParisBerlin le 20 avril 2018