Par Sébastien Vannier

 

 

Dans les rues de Plagwitz, ce quartier à l’ouest de Leipzig, quelques usines abandonnées recouvertes de graffitis et d’affiches en tous genres continuent encore d’avoisiner les terrains vagues. Dans ce quartier, la structure urbanistique a été métamorphosée ces dernières années. L’ensemble de cette grande ville de la région de Saxe a en effet connu une évolution historique très mouvementée. 1989 reste évidemment une année charnière pour Leipzig qui a joué, il y a 25 ans exactement, un rôle majeur dans la « révolution pacifique » avec ces fameuses prières et marches du lundi, devenues le symbole des protestations de la population contre le régime est-allemand.

 

La ville du livre

 

Mais Leipzig est aussi liée à une longue tradition culturelle. La ville s’enorgueillit notamment d’avoir eu un certain Jean-Sébastien Bach comme cantor, le plus célèbre enfant de la ville, à qui succédera le compositeur Felix Mendelssohn Bartholdy. Johann Wolfgang Goethe y visitera également les bancs de l’université. Le livre a également toujours tenu un rôle primordial pour la ville et même si de très nombreuses maisons d’édition, dont la fameuse Brockhaus, ont disparu, la foire au livre reste un rendez-vous annuel incontournable pour les spécialistes et le grand public. Du côté industriel et commercial, les grandes foires qui faisaient la réputation de Leipzig à travers le continent n’ont plus lieu d’être et la ville y a donc perdu ce qui faisait sa splendeur et sa richesse. De nombreuses industries qui ont survécu à la Seconde Guerre mondiale sont passées sous le joug du régime de l’Allemagne de l’Est. Au moment de la chute du Mur, la désagrégation de l’économie est-allemande et la concurrence de l’Allemagne de l’Ouest sonneront le tocsin pour de nombreuses industries de Leipzig. Au début des années 90 donc, les industries disparaissent et la ville se vide. Leipzig qui a été à un moment la quatrième ville du pays, atteignant presque les 750 000 habitants dans l’entre-deux-guerres, est alors exsangue.

 

Immobilier bon marché

 

Si la ville, et de manière encore plus visible, le quartier de Plagwitz retrouve depuis quelques années un second souffle, elle le doit notamment aux nombreux artistes venus s’installer à Leipzig. Par rapport à Berlin, située à seulement une heure de train, où les prix n’ont cessé de grimper, Leipzig a encore de nombreux grands espaces vides à très bon marché à offrir.

 

L’histoire de la Tapetenwerk illustre parfaitement ce phénomène. Dans cette ancienne usine de papier peint, les coups de marteau piqueur retentissent encore aujourd’hui, preuve que les travaux d’assainissement continuent de battre leur plein. Construite en 1883, la Tapetenwerk a été, avant la Seconde Guerre mondiale, la deuxième plus grande usine de papier peint de toute l’Allemagne. La fabrication continuera sous le régime est-allemand mais la reconversion vers la fabrication de napperons pour la Lufthansa après la chute du Mur ne fera pas long feu et l’usine doit déposer le bilan. Les nouveaux propriétaires, un cabinet d’architectes, tentent alors de réhabiliter les lieux en offrant des espaces recherchés par les artistes. Objectif annoncé dès 2007: « Créer un lieu de communication pour des projets et des idées et garder la Tapetenwerk en tant que lieu de production. » Aujourd’hui, les espaces rénovés en ateliers sont occupés par une quarantaine de locataires : peintres, photographes, sculpteurs, architectes mais aussi le céramiste Thomas Gebhardt. Ce dernier a lui-même été étudiant à Leipzig dans les derniers mois de la RDA avant de voyager à travers le monde pour revenir finalement dans la ville saxonne: « Par rapport à 1989, la ville est devenue vivante et beaucoup plus colorée. Ce changement a à voir avec la diversité de sa population, les nombreux étudiants et surtout la liberté que nous n’avions pas à l’époque. »

 

Le tourisme en plein essor

 

Néanmoins, le processus de gentrification est bien avancé comme le montre l’exemple de la Baumwollspinnerei. À une échelle encore plus grande, l’ancienne filature de coton a connu la même évolution que la Tapetenwerk. Profitant notamment de la présence de l’atelier dupeintre Néo Rauch qui a participé grandement à la nouvelle réputation de Leipzig comme centre culturel incontournable en Allemagne, la « Spinnerei » a attiré une centaine d’ateliers, une douzaine de galeries, un cinéma, un café et même un call-center.

 

Aujourd’hui la Spinnerei et ses vastes hangars affichent complet et accueillent quelques grosses voitures et un grand nombre de touristes. En effet, le tourisme est en plein essor à Leipzig qui a atteint en 2013 les 2,7 millions de nuitées. Un record qui est certes encore bien loin du volume de Berlin. Mais l’augmentation annuelle (+8,7 %) est l’une des plus élevées de tout le pays. Cela vaut également pour les touristes français avec une augmentation de plus de 25% l’année dernière, bien aidée par le fort écho médiatique de Leipzig dans la presse française ces deux dernières années. Le nombre d’habitants, qui a long- temps chuté à Leipzig comme dans toute l’Allemagne de l’Est, est lui aussi désormais en augmentation. Début 2014, la ville n’a pas été peu fière d’annoncer qu’elle venait de dépasser en nombre d’habitants Dresde, la grande soeur bourgeoise de Saxe. Un symbole fort pour le renouveau de la ville des foires.

 

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Par Rédaction ParisBerlin le 19 février 2015