Par Pierre Pauma

 

Dans la RFA d’après-guerre, la production culturelle reste très encadrée par l’Etat, soucieux d’empêcher l’essor de la propagande nationaliste ou communiste. Mais, dans les couloirs de la prestigieuse Deutsche Film – und Fernsehakademie de Berlin, des étudiants de gauche rêvent d’un cinéma politique et contestataire pour « élever les masses ». Ces jeunes militants vidéastes ne sont qu’une partie de la génération d’après-guerre contestant l’Etat, l’Eglise, le patronat, et de tout ce qui prétend faire l’autorité après s’être compromis avec les nazis. Beaucoup sont issus de familles bourgeoises. Ils ont eu un accès facilité à la culture et ont connu un parcours universitaire brillant, à l’instar de Gudrun Ensslin, la future compagne de l’emblématique Andreas Baader. D’autres militants comme l’éditorialiste Ulrike Meinhof, profitent de la nouvelle lucarne télévisuelle et de ses émissions de débat pour défendre leurs idées.
C’est donc avec des réalisations d’étudiants en cinéma de l’époque que démarre le récit d’Une jeunesse allemande. Leur production prolifique et engagée offre à Jean-Gabriel Périot un matériel qui se passe de voix-off.

Une Jeunesse Allemande
Une Jeunesse Allemande Bande-annonce VO
À ces images parfois inédites, le réalisateur oppose les archives de journaux, de discours politiques, et de diatribes qui remplacent peu à peu les termes d' »agitateurs » ou de « gauchistes » par « terroristes ». Au montage, il en résulte un dialogue de sourds où chaque coup rendu est un peu plus violent. Jean-Gabriel Périot n’oublie pas de resituer le contexte des événements : on découvre des détracteurs de la RAF tiraillés entre la volonté de répondre à la violence par la violence et le souvenir encore douloureux du nazisme. On retiendra tout à la fin cette scène issue de L’Allemagne en automne. On y voit un fils tempêter contre sa mère parce qu’elle défend l’ouverture d’une parenthèse autoritaire dans la démocratie pour venir à bout de la RAF. Pas tout-à-fait anodin, à l’heure où les débats sur le terrorisme se réinvitent aux repas de famille.
Une Jeunesse allemande (Eine deutsche Jugend) de Jean-Gabriel Périot, 2015. Durée : 1h 33 min.

Par Redaktion ParisBerlin le 21 juillet 2016