Par Sophia Andreotti

 

Ne vous laissez pas abuser par ses traits poupins et sa voix douce, Jella Haase en a dans le ventre. Cette jeune actrice allemande de 23 ans a fait des débuts très remarqués outre-Rhin. En Allemagne, la jolie Jella est surtout connue grimée de fard à paupières bleu pétant et de gloss rose flashy. C’est en effet son personnage de Chantal, ado insupportable dans « Fack ju Göthe » (Un prof pas comme les autres) et sa suite « Fack ju Göthe 2 », qui l’a fait connaître du grand public. Mais si Jella Haase excelle dans cette comédie populaire, elle sait aussi jouer de finesse dans des films aux thématiques bien plus complexes. Cette Berlinoise d’origine a fait ses premiers pas au cinéma en 2011 dans « Lollipop Monster » où elle incarnait une ado en perte de repères qui commet un meurtre, et en 2012 dans « Kriegerin » (Guerrière) où elle jouait une jeune Allemande de l’Est dangereusement attirée par un groupuscule néo-nazi. Récemment, elle s’est illustrée dans « 4 Könige » (4 rois) où elle interprète Lara, ado déjantée internée dans un hôpital psychiatrique avec trois autres jeunes à problèmes lors des fêtes de noël (film encore à l’affiche dans certains cinémas en Allemagne).
Un début de carrière qui lui vaut de faire partie cette année de la sélection des « European Shooting Stars » qui récompensent dix jeunes acteurs européens prometteurs lors de la Berlinale. Rencontre avec une Jella Haase pétillante, toute de rouge vêtue pour l’occasion.

Comment es-tu devenue actrice ?

Quand j’étais petite, j’adorais écouter des « Hörspiele » (pièces radiophoniques pour enfants, très populaires en Allemagne, ndlr) et imiter les voix. Je trouvais ça génial d’enfiler différents rôles. J’avais véritablement une fureur de jouer en moi. J’entraînais les autres enfants à monter de petits spectacles avec moi. J’ai voulu ensuite apprendre à jouer d’un instrument. Mais je n’avais vraiment pas l’oreille musicale, j’ai essayé un tas d’instruments mais ça n’a rien donné. Puis, j’ai entendu dire qu’il y avait un groupe de théâtre dans mon école de musique. J’ai commencé à prendre des cours de façon régulière. Et à 15 ans, je me suis dit que ce que les acteurs pouvaient faire à la télé, j’en étais capable aussi et je me suis présentée dans une agence d’acteurs. C’est de cette manière que j’ai eu mes premiers rôles au cinéma…

Que ce soit dans « Kriegerin » (Guerrière), « Fack ju Göthe » (Un prof pas comme les autres) ou « 4 Könige » (4 rois), tu t’illustres au cinéma dans des rôles forts qu’on n’oublie pas. Tu joues toujours des jeunes femmes extraverties, à la personnalité borderline, des rebelles… Est-ce un choix de ta part ?

(Rires) Je joue ces rôles car on me les propose ! Mais c’est vrai qu’on me propose surtout ce genre de scénarios. Ces rôles me fascinent, ils sont passionnants à jouer. J’aime sortir de ma zone de confort.

Es-tu aussi extravertie que tes personnages dans la vraie vie ?

Non, Dieu merci, je ne suis pas aussi extrême que mes personnages ! Il est vrai que je suis très intense comme personne et on ne peut pas dire que je suis timide. Mais ça dépend des situations. Dans un endroit où je ne connais personne, je peux me montrer très timide…

Quels genres de rôles te font rêver ?

Je suis ouverte à tout ! Ce que j’aimerais, c’est jouer dans une histoire d’amour, une histoire à la Roméo et Juliette version moderne. Ce qui m’intéresse, ce sont les relations humaines. Les Français font ça très bien, ils savent très bien montrer les relations humaines à l’écran. Je suis une grande fan du film « La Vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche ou de « The Dreamers » avec Louis Garrel. Léa Seydoux est une de mes actrices préférées. J’aimerais raconter des histoires qui se rattachent à la vraie vie.

 

© Vittorio Zunino Celotto /Getty Images

Ton personnage de Chantal dans « Fack ju Göthe » est totalement culte ici. Le film a été un grand succès en Allemagne et a comptabilisé plus de sept millions d’entrées. Est-ce que cela a été déterminant pour ta carrière ?

Oui, Chantal m’a permis de me faire connaître auprès du grand public. Et j’ai beaucoup aimé jouer dans une comédie. Nous avons de nombreux fans, c’est chouette ! Pour moi, ce film a été un vrai tremplin et j’en suis très reconnaissante.

Le personnage de Chantal est hilarant. Dans « 4 Könige » qui est pourtant un drame, tu joues le rôle d’une boute-en-train, une jeune femme complètement déjantée. Est-ce que tu aimes faire rire ?

Oui, c’est presque plus difficile que de faire pleurer. Il n’y a rien de pire que de ne pas être drôle. Une blague n’engendre pas forcément de rires. Dans une comédie, tout repose sur un bon timing. En ce qui concerne le personnage de Lara que j’incarne dans « 4 Könige », je pense que d’une certaine manière la comédie et la tragédie sont liées. Mon personnage a certes une dimension tragique mais en même temps, elle apporte une certaine légèreté au film. Et je suis heureuse d’avoir pu montrer ces deux facettes.

Quels sont tes futurs projets de films ?

J’ai plusieurs projets sur le feu. Je vais jouer le rôle principal dans un film qui prend pour décor un hôpital psychiatrique, l’histoire de trois femmes internées qui tombent amoureuses l’une de l’autre. Et si le projet aboutit, je pourrais jouer le rôle titre dans une adaptation à l’écran d’un bestseller allemand, mais le projet est encore confidentiel…

Retrouvez également l’entretien de Lou de Laâge, jeune actrice française à l’affiche de Les Innocentes, à l’occasion des « European Shooting Stars ».

Par Redaktion ParisBerlin le 19 février 2016