À 48 ans, Jean-Paul Rouve est connu en France pour sa carrière d’acteur. Ses débuts au théâtre au sein de la troupe Les Robins des bois et son petit rôle dans la série télévisée française Julie Lescaut l’on mené à jouer dans quelques comédies françaises du grand écran, comme Nos jours heureux d’Olivier Nakache ou RRRrrrr!!! d’Alain Chabat. 
Depuis 2008, l’acteur-comédien s’est lancé dans la réalisation et sort le 26 mars 2015 son troisième long-métrage intitulé Les souvenirs pour la première fois en Allemagne. 
Histoire d’une famille, de Romain qui cherche l’amour, de Michel qui veut sauver son mariage, de Madeleine qui s’échappe de la maison de retraite, Les souvenirs nous fait découvrir l’univers de ces trois générations qui doivent bien souvent aller chercher dans leur passé les réponses à leurs interrogations.

Le film est une adaptation du livre de David Foenkinos "Souvenirs". Vous avez dit dans d’autres interviews que ce qui vous a séduit dans ce roman étaient les histoires de vie, simples et réalistes. On observe d’ailleurs dans le film que vous avez attribué beaucoup d’importance à ce que la mise en scène paraisse la plus naturelle possible. Pourquoi cette recherche d’authenticité ?

David est beaucoup plus poétique que je peux l’être. Ce que j’aime chez lui, c’est l’intérêt qu’il a pour les petites choses du quotidien qui en disent long. Moi, j’aime beaucoup le réalisme, j’aime essayer de capturer des moments de vie mais je ne saurai pas expliquer pourquoi ça me fascine.

Le film commence par un enterrement, finit par un enterrement. Pourquoi ce choix ?

Parce que c’est le cycle de la vie, et le cycle de la vie passe par la mort. Ce n’est pas triste, au contraire : ça avance. C’est d’ailleurs pour cette raison que Romain rencontre l’amour au cimetière, pour que quelque chose de nouveau naisse. On est locataire sur Terre, on n’est pas propriétaire, donc il faut toujours garder en tête qu’il y aura un autre locataire après.

Dans votre réalisation Quand j’étais petit, il s’agit comme dans Les souvenirs du thème de l’enfance, du travail sur le passé aux aspects souvent nostalgiques. Qu’est-ce qui vous attire dans ce thème ?

Ce ne sont pas des films nostalgiques. La nostalgie, ça veut dire que c’était mieux avant. Les souvenirs parlent de l’avenir : N’oublions pas le passé pour mieux construire l’avenir, voilà le message.
Mais vous avez raison, il y a une filiation avec Quand j’étais petit. Quand David m’a proposé Les souvenirs, j’ai trouvé énormément de points communs avec mon film précédent. Les deux films parlent des rapports intergénérationnels, ce qui me passionne. Il s’agit de l’histoire de personnes qui ne sont pas à leur place et qui ont besoin d’évènements extérieurs pour se poser des questions sur leur vie.

Donc regarder son passé aide à mieux comprendre son avenir ?

Son passé ou celui des autres. L’avantage du passé, c’est qu’on peut l’analyser. Le recul qu’on prend sur les choses nous aide à nous construire. C’est ce que fait le personnage de Romain. Il ne s’agit pas reproduire, mais d’apprendre, d’en tirer quelque chose.

Pourquoi avez-vous choisi d’interpréter vous-même le rôle du gardien de l’hôtel (Philippe) ?
 
C’est une suite de hasards. Je ne voulais pas jouer dans le film, parce que jouer et réaliser représente beaucoup de travail. Avec David, on a rajeuni le directeur de l’hôtel, qui dans le livre a le même âge que le père. Je ne voulais pas que ce soit un père de substitution pour Romain mais quelqu’un d’une autre génération qui a un regard différent. J’ai tenu ce rôle pour des raisons purement économiques. On a tourné le film avec peu de moyens, donc je me suis dévoué. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire. C’était un petit clin d’oeil, ça ne va pas plus loin.
 
Vos réalisations se différencient des comédies pour lesquelles vous êtes connu en tant qu’acteur. Qu’est-ce qui explique ce changement de registre ?

Etre acteur c’est rentrer dans l’univers de quelqu’un. C’est comme venir dans un nouveau pays. Moi j’arrive en Allemagne ; je ne connais pas Berlin. Je suis invité et il y a des codes que me sont étrangers. Il ne faut pas chercher à imposer ses habitudes. On  vient pour découvrir les codes des autres.
Réalisateur, c’est le contraire : c’est inviter les gens dans votre monde à vous. Je prends un plaisir fou à faire des comédies, à aller dans cet univers. Mais mon univers est celui-ci, ce mélange de comédie et d’émotion. Le film Les souvenirs représente ce qui me correspond, plus encore que Quand j’étais petit. J’imagine que c’est normal : plus on avance dans la profession, plus notre univers devient précis.

Les souvenirs est le 3ème film que vous réalisez. Pourquoi avez-vous voulu vous tourner vers la réalisation ?
 
C’est venu par hasard. Pour mon premier film, je voulais juste écrire le scénario et jouer dedans. Mais plus j’écrivais, plus je me rendais compte que j’avais une idée bien précise de ce que je voulais. J’avais besoin de le réaliser moi-même, mais je n’y avais jamais pensé avant. 
Depuis j’adore ça. Je ne pourrai plus m’en passer.

Il y a une séquence qui a tout particulièrement retenu mon attention. Lorsque Michel rentre à la maison, énervé contre sa femme, il voit une séance de yoga à la télé. L’émission est en allemand. Y a-t-il une raison particulière ?

(rire). Ce n’est pas l’allemand qui me faisait rire, mais le prof de yoga. Je voulais quelque chose en langues étrangères mais l’allemand est venu par hasard. Le mec me faisait rire. Il est tellement zen, qu’il en est énervant. J’aurai pu faire traduire la séquence, mais j’ai refusé. J’aimais bien l’idée que les Français ne le comprennent pas. Ce qu’il dit n’est pas important, je voulais qu’on se focalise sur l’image pour qu’on comprenne que Michel se pose des questions sur sa femme en voyant ce prof de yoga. 

Les souvenirs
Am Ende ist alles erst am Schluss

Sortie en Allemagne : 26 mars 2015

Par Rédaction ParisBerlin le 25 mars 2015