Von Pierre Pauma

 

Victor Hugo avec une crête de punk, Heinrich Mann qui tend une Gauloise à Henri IV, Napoléon qui décore Goethe de la Légion d’honneur. Anachronismes savoureux, que seule la caricature autorise. Une centaine de dessins comme ceux-ci sont exposés à l’Institut français de Berlin jusqu’au 27 septembre.

 

Une centaine de dessins sélectionnés par Walter Fekl composent cette exposition intitulée Kopf an Kopf (Tête à tête), qui rassemble trois dessinateurs allemands et quatre dessinateurs français. Rainer Ehrt, Walter Hanel, Frank Hoppmann, Daniel Maja, Pancho, Nicolas Vial et Honoré (assassiné le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo), tous se distinguent par des collaborations avec les rubriques littéraires de grands journaux ou avec la presse spécialisée dans la littérature.

 

Victor Hugo, vu par Honoré. © Pierre Pauma

 

Inutile de se mentir. Cette facette du dessin de presse est moins caustique que le dessin politique. Pancho est le premier à le reconnaître : « j’ai plus d’empathie pour les écrivains que les politiques ». Le passage à la postérité a effacé les procès intentés à Flaubert et Baudelaire pour leurs oeuvres, ou encore les moeurs légères prêtées à certains auteurs (tout le personnel politique encore actif ne peut en dire autant). Seul Günter Grass sort de cette exposition égratigné par Honoré dans un dessin pour Charlie Hebdo, pour avoir embrassé le nazisme.

 

Pancho devant ses oeuvres. ©Pierre Pauma

 

Rainer Ehrt confirme lui aussi, amusé, avoir « bien plus de mal à être méchant avec les écrivains qu’avec les hommes politiques ». Ce dessinateur allemand a mis les pieds pour la première fois en France en 1993. « La grève des transports m’a obligé à marcher… J’ai perdu 5 kilos à Paris, j’étais plutôt content », se souvient-il. Il reste fasciné aujourd’hui par l’influence du siècle des Lumières et par les auteurs du XIXe siècle. Ce fut notamment sa première rencontre avec l’oeuvre de Voltaire, qu’il a caricaturé en train de jouer aux échecs avec Frédéric II de Prusse.

 

Même si on ne peut pas vraiment parler de têtes de Turcs comme en politique, tous gardent en mémoire quelques auteurs particulièrement plaisants à caricaturer. Alors que Rainer Ehrt s’appuie définitivement sur Voltaire et a imaginé plusieurs rencontres entre auteurs et hommes d’Etats de deux époques différentes, Pancho dessine volontiers les traits burinés du dramaturge Samuel Beckett et le regard mélancolique D’Edgar Allan Poe.

Rainer Ehrt, devant son portrait de Voltaire et Frédéric II. ©Pierre Pauma

 

Expo Kopf an Kopf (Tête à tête), galerie de l’Institut français de Berlin. Kurfüstendamm 211, du lundi au samedi de 14 à 18h.

Par Redaktion ParisBerlin le 12 septembre 2016