Par Jacques Docquiert

La bataille du glyphosate continue. Une majorité de représentants des pays de l’Union s’est effet prononcée en faveur de la proposition de la Commission de renouveler pour cinq ans la licence d’exploitation de cet herbicide controversé mais sans représenter la pondération indispensable de 65% de la population, comme l’exigent les règlements européens. Aucune décision n’a donc pu être prise, pour la cinquième fois consécutive, alors que la licence d’exploitation du glyphosate expire le 15 décembre, l’exécutif communautaire soumettant désormais le dossier à un comité d’appel. « Pas d’opinion en l’absence d’une majorité claire, c’est le résultat du vote intervenu jeudi…Prenant en compte ses obligations légales, la Commission va maintenant soumettre sa proposition à un comité d’appel fin novembre » a-t-elle expliqué, dans un bref communiqué.

La Belgique et le Luxembourg ont été les premiers à se féliciter de la non-prolongation de la licence. « C’est un bon résultat pour notre santé et notre environnement » a indiqué la ministre luxembourgeoise de l’agriculture. «  La Belgique a maintenu sa position et exigé un plan de sortie du glyphoste et un support de l’UE au développement d’alternatives pour l’agriculture » a ajouté son homologue belge. Pour sa part, Nicolas Hulot, le Ministre français de la Transition écologique, avait indiqué, à la veille du vote, que la France ne soutiendrait pas la proposition de Bruxelles en exigeant que la durée de la nouvelle licence n’excède pas trois ans.

Lors du vote de cette semaine, quatorze pays ont soutenu la proposition de  Bruxelles: la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, l’Irlande, l’Espagne, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie , les Pays-Bas, la Suède , la Slovaquie, la Finlande, le Royaume-Uni et la Slovénie. La France, la Belgique, l’Italie , le Luxembourg, l’Autriche, la Grèce, la Croatie, Chypre et Malte l’on repoussé alors que l’Allemagne, la Bulgarie, la Pologne, le Portugal et la Roumanie s’abstenaient. Si le comité d’appel, convoqué fin novembre, ne débouchait pas sur une décision majoritaire – de 55% des Etats membres  et de 65% de la population – la Commission devrait, en principe, statuer en dernier appel. Mais son commissaire à la santé, Vytenis Andriukas, a refusé, à plusieurs reprises, qu’elle endosse cette responsabilité, la décision devant, selon lui, être « partagée par les Etats membres ». Et ces derniers semblent plus divisés que jamais entre les partisans d’une interdiction rapide du glyphosate,  au nom du principe de précaution, et ses partisans qui expliquent que la substance active du glyphosate est utilisée par une immense majorité d’agriculteurs européens pour son efficacité et son faible coût. L’interdire, à terme, dans l’Union, ajoutent-ils, impliquerait des coûts supplémentaires importants pour ses utilisateurs alors que leurs concurrents mondiaux pourraient souvent continuer à l’utiliser en provoquant des distorsions de concurrence. Les scientifiques, quant à eux, demeurent divisés sur les dangers potentiels du glyphosate. Ce dernier a été classé comme « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer qui dépend de l’OMS, alors que les agences européennes sont parvenues à une conclusion inverse.

 

Par Redaktion ParisBerlin le 9 novembre 2017