Par Jacques Docquiert

Les « 28 » devront trancher avant le 15 décembre. C’est en effet à cette date qu’expire la licence d’exploitation du glyphosate, cet herbicide entrant dans la composition du RoundUp fabriqué par Monsanto très largement utilisé dans l’agriculture européenne. Mais ce ne sera pas chose facile. L éventuelle dangerosité de ce produit oppose, en effet, les scientifiques et les gouvernements européens comme l’a montré la décision prise, pour la cinquième fois mercredi, par le comité d’experts des Etats membres de reporter leur vote à une date ultérieure, non fixée, en raison des profondes divergences qui les opposent.

La Commission européenne proposait initialement de prolonger pour dix ans l’utilisation du glyphosate, après avoir reporté de 18 mois, en juin 2016, sa proposition dans l’attente de nouvelles études scientifiques. Mais à la veille du vote du comité d’experts de cette semaine, elle a annoncé qu’elle avait décidé de ne proposer ce renouvellement que pour une période de cinq à sept ans. Quelques heures plus tôt, le Parlement européen avait voté, à une large majorité, une résolution non contraignante demandant la disparition du glyphosate dans l’Union d’ici à 2022. Les Eurodéputés ont ajouté qu’ils demandaient également que l’utilisation du glyphosate à des fins non professionnelles soit interdite dès le 15 décembre 2017. Les « 28 » quant à eux semblent tout aussi divisés. Plusieurs Etats membres, conduits par la France, l’Autriche et l’Italie et rejoints par la Belgique, ont affirmé très tôt leur opposition à un renouvellement de dix ans. Le porte-parole du gouvernement français a indiqué mercredi qu’il prônait un renouvellement de la licence du glyphosate pour seulement trois ans après un arbitrage entre le ministre de l’agriculture, favorable à une période plus longue, et son homologue de la transition écologique, Nicolas Hulot, qui l’a emporté.

Dans le camp des scientifiques, les avis ne sont pas plus clairs. Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation Mondiale de la Santé, a classé le produit comme probablement cancérigène en mars 2015. Mais en mars dernier, l ‘Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a estimé que le glyphosate ne pouvait pas être classé comme substance cancérigène. Dès lors les pays de l’Union se déchirent entre les partisans du principe de précaution qui, comme la France, veulent éliminer progressivement le glyphosate et les défenseurs de l’agriculture conventionnelle, nombreux notamment à l’Est de l’Europe, qui font valoir que les agriculteurs ne peuvent pas s’en passer à court et moyen terme, l’utilisation de méthodes plus douces pour faire disparaitre les mauvaises herbes étant beaucoup plus coûteuse et risquant de pénaliser la compétitivité des producteurs européens de céréales et de fruits. Les défenseurs de l’environnement, qui mettent en doute la méthodologie et l’impartialité des études scientifiques, ont quant à eux remporté la bataille de la communication, une initiative citoyenne signée par plus d’un million de personnes et demandant l’interdiction du glyphosate et une réforme de la procédure d’approbation des pesticides, a été remise à la Commission. On le constate, la décision devient de plus en plus politique.

 

Par Redaktion ParisBerlin le 26 octobre 2017