Par Séverine Mermilliod

 

Quelles actions concrètes sont organisées par UniFrance, en Allemagne par exemple ?
Nous participons par exemple à l’organisation de la Semaine du Cinéma français de Berlin avec l’ambassade. Unifrance a pour but le rayonnement des films mais aussi une action économique de soutien à l’export. Tout au long de l’année, nous travaillons avec les distributeurs pour aider les sorties, parfois financièrement pour faire des affiches, de la publicité, etc. Nous sommes aussi présents sur un stand lors de marchés du film, par exemple pendant la Berlinale : on fait venir des exportateurs, on fait du networking. Plus sporadiquement, on soutient la venue d’artistes en Allemagne pour des avant-premières, par exemple au Festival de Munich ou de Hambourg où Catherine Deneuve est venue récemment. Nous devons faire un travail de pédagogie et expliquer que venir au très bon Festival de Munich ou dans des villes comme Francfort, Hambourg, Berlin, c’est stratégique parce que l’Allemagne est notre premier marché en Europe et le troisième au niveau mondial.

Justement, quels sont les genres qui fonctionnent le mieux en Allemagne ?
Il y a un engouement pour la comédie, notamment la comédie sociale. Le public et les distributeurs allemands reconnaissent un savoir-faire français en la matière. Je pense par exemple à Paulette, à Monsieur Claude (Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ndlr) et ses 4 millions d’entrées, à Intouchables… Il y a toujours ce point commun. J’aimerais bien que s’installe cette ‘marque’ à la française, à la manière des anglais avec la comédie romantique. Malgré l’actualité, je suis sûre que l’on va voir des comédies arriver, même sur des sujets comme le terrorisme ou la montée du FN : c’est très français de pouvoir rire de tout.

Le film d’animation Le Petit Prince est sorti en Allemagne le 10 décembre, après avoir rencontré un grand succès notamment à l’étranger. Lui prédisez-vous le même avenir ici ? Comment expliquer le succès des films d’animation français ?
On peut effectivement saluer le succès du Petit Prince alors que l’on attend encore les résultats des sorties stratégiques en Europe, comme l’Allemagne ou l’Italie le 1er janvier. Il vient de battre le record d’entrées à l’export d’Arthur et les Minimoys. Ça montre qu’il y a une nouvelle génération de producteurs très ouverte sur l’international et qui n’a pas peur de travailler avec des réalisateurs américains. Et puis ça veut dire aussi qu’on peut communiquer sur l’animation « à la française », l’un de nos fleurons, car on a parmi les meilleurs dessinateurs au monde. Des écoles très célèbres comme les Gobelins fournissent de nombreux animateurs pour Pixar, Dreamworks ou Universal comme Pierre Coffin le réalisateur des Minions, et qui font ensuite des va-et-vient entre la France et les Etats-Unis. On attend encore quelques belles surprises, par exemple Ballerina prévu pour 2017 chez Gaumont.

En Allemagne, le piratage est puni beaucoup plus sévèrement qu’en France. On dit souvent que le téléchargement nuit à l’industrie du cinéma, mais une étude du CNC montre que les 15-19 et 20-24ans, qui sont ceux qui téléchargent le plus, vont aussi le plus au cinéma. Pensez-vous qu’un système de sanction soit réellement une solution ?
Oui, trois fois oui. Les français pourraient davantage s’inspirer du système allemand car les allemands téléchargent moins. Peut-être aussi que l’offre légale est plus attractive en Allemagne. En France, les efforts à cet égard sont très récents. Bien souvent, si l’on veut voir un film de manière légale, on ne le trouve pas et c’est plus facile en piratant. Mais on commence à s’y mettre : on fait des progrès sur l’offre légale, avec de plus en plus de plateformes attractives de VOD, et il y a eu un effort pour condamner les sociétés qui font de la pub sur les sites de piratage. En Allemagne aussi, le choix a été fait de maintenir le marché du DVD avec des prix attractifs, alors qu’en France il est resté à des tarifs élevés et s’est effondré.

Le film Mustang est une coproduction turque, française et allemande, et va finalement représenter la France aux Oscars 2016. En cas de victoire, quel est l’impact sur l’export du cinéma français ?
L’impact pour le film est énorme car le label « Oscars », même en présélection, est un coup de pouce formidable. Pour le reste du cinéma français, ce n’est pas mathématique, mais l’on rejoint le sujet des synergies entre industries culturelles : quand un film fait l’événement, cela se reporte sur l’ensemble de la culture et l’art de vivre à la française. On l’a vu avec Amélie Poulain, qui a boosté le tourisme, notamment à Montmartre pour voir la rue Lepic, le café des deux moulins, les restaurants. C’est difficile à quantifier, mais c’est un impact non négligeable sur l’attractivité culturelle que l’on doit continuer à travailler, surtout en ce moment.

Vous avez également été mandatée par Fleur Pellerin en début d’année pour promouvoir les industries culturelles et créatives à l’étranger. Quelles initiatives peuvent réellement réunir les secteurs très différents que sont le livre, le cinéma, la musique ou le jeu vidéo ?
C’est avant tout une mission de réflexion pour une meilleure synergie de nos industries culturelles. La France a des talents très créatifs dans le cinéma comme dans la musique, qui a quelques beaux succès en Allemagne, donc je pense qu’on pourrait organiser plus d’événements communs. Nous allons également le concrétiser entre le cinéma et le livre au moment de la Foire du Livre de Francfort en 2016, car il existe de nombreuses adaptations cinématographiques et Michel Houellebecq par exemple est très connu ici pour ses livres et les films dont il est l’objet. On peut aussi envisager des passerelles avec le monde du luxe ou de la gastronomie, qui est peut-être la piste sur laquelle nous travaillons le plus. Lors de l’ouverture de la semaine du cinéma français à New York, de jeunes chefs français ont présenté leurs produits. C’est ludique et en même temps très efficace pour faire connaître le meilleur de la culture française.

©Unifrance

Bio-express :

Isabelle Giordano est une journaliste, productrice et animatrice de télévision et de radio française. Après être passée par Canal +, France 2, France 3 ou encore Arte, elle dirige depuis 2013 UniFrance Films. En 2009, elle est nommée officier des Arts et des Lettres et chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur.

Photo de couverture : Un monstre à Paris © Europacorp / Bibo Films / France 3 cinema / Walking the dog

Par Redaktion ParisBerlin le 11 décembre 2015