C’est un programme ambitieux qu’Emmanuel Macron a proposé à l’Union pour gagner les élections européennes de 2019 : renforcer la démocratie et la souveraineté européennes en luttant contre les tentations autoritaires et populistes. En s ‘adressant, pour la première fois depuis son élection aux eurodéputés mardi à Strasbourg, le chef de l’Etat a affirmé qu’il « ne voulait pas faire partie d’une génération de somnambules » et que, face aux désordres du monde et à la montée des populistes et d’un sentiment anti-européen, il était « décidé à défendre fermement une souveraineté et une démocratie européennes réinventées ». Une occasion de justifier solennellement les frappes en Syrie. « Trois pays sont intervenus, dans un cadre légitime, pour l’honneur de la communauté internationale » a-t-il affirmé, en reconnaissant que ces frappes « ne règlent rien » mais mettent fin à un système « auquel nous nous étions habitués et selon lequel le camp du droit serait devenu le camp du faible ».

Pour rétablir et affirmer la souveraineté européenne « complémentaire et souvent nécessaire par rapport à celle des Etats », Emmanuel Macron a demandé une relance de l’action des « 27 » reposant sur cinq piliers. Le premier concerne « la sécurité intérieure, extérieure et la défense ». Le deuxième la souveraineté économique et commerciale de l’UE que garantirait une économie « protectrice des intérêts légitimes des travailleurs et des consommateurs ». Pour parvenir ensuite à une souveraineté « climatique et énergétique », la France est favorable à un prix minimum et à l’instauration d’une taxe aux frontières pour le C02. La quatrième souveraineté concerne « la santé et l’alimentation ». « C’est bon pour nos économies et nos territoires, pour nos citoyens et c’est un choix cohérent pour notre avenir » a expliqué E. Macron. Enfin, il a cité la « souveraineté numérique » et l’affirmation d’un socle commun des valeurs sociales proclamé par le Sommet de Göteborg. Et le chef de l’Etat a souhaité, qu’avant les élections européennes de 2019, des décisions soient prises pour mieux gérer les flux migratoires, taxer l’économie

numérique et relancer l’Europe de la culture en offrant notamment une protection accrue aux créateurs. Pour mieux gérer l’immigration, le Président s’est dit favorable au lancement d’un programme européen de financement en faveur des collectivités locales qui accueillent et intègrent des réfugiés. Tous es engagements doivent, selon lui, « nourrir le prochain cadre financier budgétaire », couvrant la période 2021-2027. « La France, a-t-il ajouté, est prête à augmenter sa contribution à condition qu’il soit mis fin à tous les rabais obtenus par plusieurs Etats membres, à l’image du Royaume-Uni, pour réduire leurs propres contributions.

Ce discours, très européen, a été longuement applaudi par les principaux groupes politiques de l’assemblé qui, comme le Président de la Commission Jean-Claude Juncker, se sont félicités du « retour de la France en Europe ». Plusieurs intervenants ont cependant souligné que, si la relance du couple franco-allemand, constituait une bonne nouvelle pour l’Union, elle n’était pas suffisante, tous les Etats membres devant être associés à cette relance. En fin de journée, Emmanuel Macron devait retrouver, au centre des congrès à Epinal, quelques 200 à 300 personnes inscrites en ligne pour participer aux « consultations citoyennes » menées dans les 27 Etats membres pour, selon les propos du chef de l’Etat, « entamer un débat franc, ouvert, rugueux et parfois difficile, mais indispensable » dans la perspectives des élections européennes.

Par Redaktion ParisBerlin le 17 avril 2018