Par Jacques Docquiert

 


L’Europe suit avec inquiétude la crise qui oppose les indépendantistes catalans aux autorités espagnoles mais sa marge de manoeuvre est extrêmement limitée. Elle considère, en effet, que le referendum d’indépendance n’a aucune valeur puisqu’il viole le droit et la constitution espagnole, selon les juristes de l’UE. Il lui est donc pratiquement impossible d’avoir un rôle de médiatrice dans cette crise, comme l’a expliqué Emmanuel Macron. «  Pourquoi l’Europe, la France ou l’Allemagne n’intervient pas ? Parce que l’Europe est ainsi faite que ses Etats sont souverains…Si j’intervenais dans le sujet catalan, je m’immiscerais dans les affaires domestiques espagnoles et c’est intolérable pour le président du gouvernement comme pour le monarque espagnol » a souligné le Président français lors d’un débat sur l’Europe, mardi à l’Université Goethe de Francfort. Les dirigeants et les responsables européens sont donc condamnés à jouer les bons offices dans l’ombre. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a ainsi recommandé mardi au président séparatiste catalan Carles Puigdemont « de ne pas annoncer de décision qui rendrait le dialogue impossible » avec Madrid. Et la semaine précédente, c’est au chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qu’il avait demandé de « rechercher le dialogue », l’Union ayant, par ailleurs condamné les violences qui ont marqué le referendum du 1er octobre. Ces « conseils » devraient à nouveau être prodigués par les « 27 » à Mariano Rajoy, en marge du Sommet européen qui se tiendra la semaine prochaine à Bruxelles.

L’Union rappelle également que l’indépendance de la Catalogne ne conduirait pas à l’eldorado promis par ses partisans. Plusieurs grandes banques catalanes ont déjà délocalisé leur siège social sachant qu’une indépendance autoproclamée bouterait le nouvel état hors de l’Union, avec des conséquences économiques dramatiques, alors que la dette atteint 134% de son PIB. La Catalogne serait ainsi privée de l’Euro, de l’accès au grand marché européen et aux fonds européens, ses produits devant acquitter des droits de douane pour pénétrer dans l’UE. « Les Etats membres ne reconnaîtront pas la Catalogne comme un état dès lors qu’elle serait née en violant le droit et notamment la Constitution de l’Espagne » explique un juriste européen. Et même si le nouvel état était reconnu comme pays-tiers, il devrait présenter sa candidature à l’Union, celle-ci décidant à l’unanimité de l’accueillir ou pas, l’Espagne disposant d’un droit de veto. Il faudrait donc que l’indépendance de la Catalogne soit reconnue par Madrid pour envisager ensuite une adhésion à l’Union qui pourrait alors être rapide, le pays ayant déjà adopté toutes les règles européennes. Ses partenaires auraient en outre tout avantage à favoriser cette adhésion pour que leurs entrepreneurs puissent y investir, leurs travailleurs et leurs citoyens y circuler librement. « Mais il s’agit, pour l’instant, d’un scénario peu probable » estime un expert européen qui ajoute que l’Union doit tout faire pour éviter que l’irréparable ne se produise, Madrid comme Barcelone ayant tout à y perdre.

 

Par Redaktion ParisBerlin le 12 octobre 2017