Par Jacques Docquiert

 

Le débat qu’espérait la Première ministre britannique n’a pas eu lieu. En moins de deux minutes, ses partenaires européens ont adopté sans discussion, vendredi à Bruxelles, leurs conclusions sur l’état des négociations du Brexit en soulignant que, malgré quelques timides avancée, ils devaient « poursuivre les négociations pour pouvoir passer à la deuxième étape des négociations dès que possible ». Ils ont ajouté que le prochain sommet de décembre « réexaminera l’état d’avancement des négociations afin de décider si des progrès suffisants ont été réalisés sur les trois dossiers » prioritaires concernant les droits des citoyens, l’Irlande et les obligations financières. Theresa May est donc rentrée à Londres les mains à peu prés vides, elle qui espérait convaincre ses partenaires d’évoquer sans attendre les relations futures entre l’ex et les actuels Etats membres de l’Union. Pour ne pas l’accabler, les « 27 » ont toutefois accepté de mener, entre eux, des discussions internes sur leurs futures relations avec Londres. En outre le président du Conseil européen, Donald Tusk, s’est efforcé de dédramatiser la situation : « Les rumeurs d’un blocage entre l’Ue et le Royaume-Uni sont exagérées » a-t-il dit, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker ajoutant : « Dire qu’il n’y a pas eu de progrès suffisants dans les négociations ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de progrès du tout ». « Nous devons travailler ensemble pour arriver à un résultat que nous pouvons soutenir et défendre devant nos concitoyens » avait plaidé quelques instants plus tôt Theresa May, avant d’avoir été invitée à quitter la table du sommet pour laisser les « 27 » discuter, entre eux, du Brexit.

Les débats qui ont suivi ont montré que les dirigeants européens n’étaient pas dupes et attendaient désormais des gestes concrets du gouvernement britannique pour éviter un échec des négociations . « Nous sommes loin du compte sur les engagements financiers. Un effort important reste à faire de la part du Royaume-Uni. Nous n’avons pas fait aujourd’hui la moitié du chemin » a estimé Emmanuel Macron. Un constat largement partagé par ses homologues. « Tout n’est pas clair, concernant notamment le niveau financier et les droits des citoyens européens installés au Royaume-Uni. Pour prendre des décisions à deux, il faut être deux » a souligné le Premier ministre belge, Charles Michel. Car si les Européens ont fait un petit geste vers Londres, leur position n’a pas changé d’un iota : tant que les trois aspects essentiels du divorce – droits des citoyens, facture à acquitter par Londres et frontière irlandaise – n’auront pas été réglés, pas question de discuter de la période de transition et des futures relations commerciales. Un message que ne semble toujours pas avoir entendu Theresa May. « Le règlement financier complet et final fera partie de l’accord final que nous aurons et qui portera également sur nos relations futures » a-t-elle expliqué vendredi avant de regagner Londres. Un rejet du préalable posé par ses partenaires, la chef du gouvernement britannique semblant au pied du mur, un tel refus risquant d’entrainer l’échec pur et simple des négociations du Brexit.

Par Redaktion ParisBerlin le 23 octobre 2017