Par Jacques Docquiert

2017 aura finalement été une année faste pour les partis d’extrême-droite. Ils n’ont certes pas obtenu la victoire qu’ils espéraient en France et aux Pays-Bas notamment, mais ils ont réussi une percée historique dans d’autres,  comme l’Allemagne. Mais surtout les Etats membres de l’Union ont changé d’attitude et de stratégie à leur égard. Le 22 février 2000, pour la première fois dans l’histoire européenne, les 14 partenaires de l’Autriche avaient décidé d’imposer des sanctions  en suspendant leurs relations diplomatiques avec ce pays  pour condamner la participation au gouvernement de Vienne du FPÖ de Joerg Haider, un parti fondé par d’anciens Waffen SS racistes et ultra-nationalistes. Une condamnation unanime de tous les gouvernements européens, le chef de la diplomatie belge allant jusqu’à demander à ses citoyens de ne plus aller skier en Autriche.  Dix sept ans après, ce même FPÖ revient aux affaires à Vienne en obtenant notamment trois portefeuilles ministériels d’importance : les affaires étrangères, la défense et l’intérieur. Et les Européens n’ont pas réagi, seule l’Italie s’inquiétant de la composition du gouvernement autrichien qui pourrait faire ressurgir le débat sur le Haut-Adige, cette région italienne peuplée en majorité de descendants d’Autrichiens. Ce silence a été partagé par les institutions de l’Union, Jean-Claude Juncker ayant même reçu le Premier ministre autrichien, Sebastian Kurz, en l’assurant qu’il n’avait « aucun préjugé » contre sa majorité et saluant même « ses positions très clairement en faveur de l’Europe », un jugement partagé par le Président du Parlement européen , Antonio Tajani. En d’autres termes le FPÖ n’est plus un pari paria, mais bel et bien un parti de gouvernement.

Et pourtant, presque simultanément, cette même Commission européenne « gardienne des traités » déclenchait, pour la première fois dans l’histoire de l’Union, les foudres européennes contre le gouvernement, polonais cette fois, du PiS le parti d’extrême-droite Droit et Justice. Elle a ouvert, en effet, contre Varsovie l’article 7 du traité sur l’Union permettant de sanctionner un Etat membre accusé de mettre en péril l’Etat de droit promu par le Traité de Lisbonne comme l’un des fondements de l’Union. Depuis deux ans, en effet, l’ exécutif communautaire et le Parlement de Strasbourg tentait d’obtenir, sans succès, du gouvernement polonais qu’il abandonne ses réformes les plus controversées, en particulier celle visant à soumettre la justice au pouvoir politique. Et certains imaginent déjà que le gouvernement du Hongrois Viktor Orban pourrait, à son tour, être menacé des foudres européennes.

Il est bien difficile de comprendre cette stratégie des Européens à l’égard de l’extrême-droite finalement acceptée en Autriche, jugée trop nationaliste et anti-démocratique en Pologne et bénéficiant d’une certaine mansuétude en Hongrie. Plusieurs considérations peuvent l’expliquer. Le chef du gouvernement autrichien comme le Hongrois Orban sont membres de la grande famille politique européenne du PPE, la première formation politique du Parlement européen, contrôlée notamment par la CDU d’Angela Merkel. Alors que le PiS polonais n’en est pas et brandit volontiers la menace d’un affrontement avec l’Europe. Un autre argument de poids explique le silence européen à l’égard de l’Autriche. Un peu partout en Europe, en France et en Allemagne en particulier, les partis de droite traditionnels n’hésitent pas à emprunter certains thèmes à l’extrême-droite pour tenter de renforcer leur base électorale et ne sont donc pas favorables à un affrontement avec eux. L’Europe, une fois de plus, n’en sort pas grandie alors que la responsabilité de son silence incombe à ses gouvernements, plus préoccupés de considérations nationales que de son image et de son rôle auprès de ses citoyens et dans le monde.

 

Par Redaktion ParisBerlin le 28 décembre 2017