Emmanuel Macron n’a pas réussi à convaincre son « ami » Donald Trump. Quelques jours après la visite du président de la République aux Etats-Unis et en dépit de l’accueil chaleureux que lui a réservé son homologue américain, ce dernier n’a pas renoncé pour autant à taxer l’acier européen, malgré les mises en garde de son hôte français. La Maison Blanche a, en effet, annoncé lundi soir, dans un communique, qu’elle prolongeait jusqu’au 1er juin le sursis accordé à l’Union avant de taxer ses importations d’acier et d’aluminium , en ajoutant qu’elle reste « focalisée » sur la préservation de la sécurité nationale des Etats-Unis dans les négociations qui vont se poursuive entre les deux rives de l’atlantique.

La réaction européenne a été immédiate et sans concession. « La décision américaine prolonge l’incertitude du marché qui affecte déjà les décisions commerciales …L’Union devrait être totalement et définitivement exemptée de ces mesures car elles ne peuvent pas être justifiées par des raisons de sécurité nationale » a réagi, mardi matin , la Commission européenne responsable de la politique commerciale de l’UE. « Le dialogue avec les Etats-Unis va se poursuivre mais nous ne négocierons pas sous la menace » ajoute-t-elle. La veille, son porte-parole avait indiqué : « Nous sommes patients mais aussi prêts à agir. « Berlin attend toujours une exemption durable » a souligné, de son coté, le gouvernement allemand, son homologue britannique se « félicitant » du sursis américain , en ajoutant « qu’il continuerait à rechercher une exemption définitive ». La décision américaine constitue, en fait, un demi-échec pour l’Union ainsi que pour Emmanuel Macron et pour Angela Merkel qui s’étaient succédé à Washington la semaine dernière pour tenter de convaincre Donald Trump d’épargner l’Europe en ajoutant qu’une guerre commerciale aurait des effets néfastes tant sur l’économie européenne que sur l’économie américaine.

Le président américain avait promulgué le 8 mars des droits de douane de 25% sur les importations américaines d’acier et de 10% sur celles d’aluminium tout en exemptant immédiatement le Canada et le Mexique. Fin mars, il avait également exempté provisoirement l’Union, les Américains exigeant des concessions commerciales de l’Europe. Peu de temps après, cette dernière a mis au point une liste, approuvée à la mi-avril par les Etats membres, de produits américains pouvant faire l’objet de mesures de rétorsion. Il s’agit de produits emblématiques souvent fabriqués dans des Etats ayant voté pour Donald Trump : tabac, bourbon, jeans et motos. Les experts de l’exécutif communautaire estiment qu’il faudrait quelques semaines, après une décision américaine, pour permettre à l’Europe de réagir, en toute légalité, en frappant les Etats-Unis de mesures de rétorsion. La Commission pourrait également déposer une plainte devant l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, contre Washington estimant que la volonté de préserver la sécurité nationale n’est nullement justifiée et qu’il s’agit de mesures protectionnistes interdites par l’OMC visant à avantager les entreprises américaines. Toutefois cette action risque de prendre plusieurs années avant d’aboutir.

Par Redaktion ParisBerlin le 1 mai 2018